
Depuis le début des playoffs, Rondo est éblouissant. Des stats flamboyantes et une main mise totale sur le jeu des Celtics. On l’attendait, on l’a. Le vrai meneur all-star qui s’affirme et dirige une armée de vétérans plus reconnus les uns que les autres. Le patron, c’est lui. Le jeu des C’s, c’est lui. Ses épaules semblent assez solides pour supporter cette pression et on le voit évoluer à un niveau tel que des « MVP ! MVP ! » commencent à sortir des tribunes quand le supersonique meneur se pointe sur la ligne de réparation.
Oui, Rajon est le boss qu’il était amené à devenir au sein de l’équipe. Le problème est qu’il est en train de dépasser ce stade. Plus qu’un boss, il se pose en leader tous domaines confondus. Ce qui est inquiétant quand on voit l’effectif de Boston, dont Rondo est le meilleur scoreur, passeur, intercepteur et troisième rebondeur. Alors le problème se pose : l’explosion du meneur vert est-elle néfaste pour ses coéquipiers ?
En effet, on pourrait simplement se dire que Rondo est obligé d’élever son niveau de jeu pour pallier aux faibles rendements de ses aînés, mais j’ai bien l’impression qu’il en est le principal responsable. Pierce et Allen vivent leur pire campagne de playoffs sur le plan individuel, tout comme Garnett, qui fait en revanche bien mieux qu’en saison régulière. Car si le meneur Celtic parvient à tirer le meilleur de son secteur intérieur, il phagocyte ses ailiers, et par conséquent ne les met pas dans de bonnes conditions quand on sait l’importance que peut avoir la mise en route d’un shooteur comme Allen.
Rondo est avant tout un playmaker, meneur passeur par excellence étant donné son jeu de passes mais aussi ses difficultés à scorer. Sauf que maintenant, il sait que sa capacité de pénétration peut faire extrêmement mal aux meneurs qu’il affronte et a pris confiance dans son shoot en progrès. C’est là que se situe le cœur du problème : il est maintenant également capable d’apporter son écot à la table de marque et ne s’en prive pas, pensant qu’il est de son devoir de s’occuper de tous les secteurs du jeu. Ainsi, la Flèche Verte est durant ces playoffs le joueur qui prend le plus de tirs par match chez les Celtics, avec une réussite bien moins importante qu’en saison régulière. On peut y ajouter ses 5,8 lancers tentés, encore une fois plus haute moyenne de l’équipe.
On peut voir à travers ces chiffres que Rondo est devenu la menace au scoring n°1 de Boston. Il va même jusqu’à s’accorder 1,4 tentatives derrière l’arc alors que son pourcentage en carrière ne dépasse pas les 25%. Le meneur des C’s veut trop bien faire, et il en fait trop en empiétant sur le territoire de joueurs qu’il est censé faire mieux jouer. Manque de maturité ? Peut-être. Quand je vois Rondo jouer et abuser de sa facilité à driver je ne peux m’empêcher de penser à Steve Nash qui même s’il est depuis longtemps l’un des tout meilleurs artilleurs de la ligue ne se sert que peu de son shoot et préfère faire confiance à ses coéquipiers, aussi mauvais soient-ils. Le Canadien ne se mue en scoreur que quand à l’approche de la sirène son équipe a besoin de ses paniers. Son homologue Celtic est persuadé que ses points sont nécessaires à la bonne marche de l’équipe alors que ce n’était pas le cas jusque là, et montre peu de confiance envers ses partenaires dont c’est le rôle.
Il est certain que Rondo n’est pas un vétéran, et n’a pas la sérénité d’un Jason Kidd, mais ce n’est pas pour autant qu’on peut lui excuser sa trop grande confiance en lui. A l’inverse d’un MVP, il ne tire pas ses partenaires vers le haut et parvient à faire douter de lui-même la montagne de sang-froid qu’est Paul Pierce. Les meilleurs meneurs savent tirer le meilleur de leurs joueurs, ce qui n’est pas le cas de Rondo. Chris Paul parvient à faire de David West un all-star et de Tyson Chandler un bon joueur offensif aux yeux des Bobcats, ce qui montre bien l’influence du bonhomme sur ses équipiers. Il n’a pourtant qu’un an de plus que le meneur des Celtics. En fait, la meilleure défense sur Rondo va être pour ses adversaires de jouer sur cette confiance qu’il a en lui.
Ray Allen et Paul Pierce sont deux grosses menaces offensives ? Si je laisse de l’espace à Rondo, il va avoir tendance à shooter ou à attaquer le cercle pour faire comprendre qu’il peut marquer partout, et pendant ce temps les deux pistoleros seront inoffensifs. Si en plus de ça je laisse deux joueurs les coller, le meneur Celtic va avoir tendance à jouer à l’intérieur sur attaque placée et quand ils auront un shoot à prendre, la mécanique ne sera pas en route, ce qui donne des pourcentages à 3 points de 22% pour Pierce et de 26% pour Allen dans la série contre Cleveland. Série au cours de laquelle Ray Ray a tenté la majorité de ses tirs longue distance sur jeu de transition. On peut dire ce qu’on veut de Mike Brown pour ce qui est de l’attaque, mais en ce qui concerne la défense c’est l’un des tous meilleurs coachs de la ligue. La clé de la série pour les Cavs, c’est de faire de Rondo un scoreur. Les deux défaites de Cleveland correspondent aux deux meilleurs totaux de passes du Celtic.
Point d’orgue de ses excellents playoffs, son triple-double du Game 4 qui propulse les C’s vers la victoire, construit à la force de 21 tirs tentés (13 de plus que Pierce), 16 lancers tentés (plus que Pierce, Allen, Garnett et Wallace additionnés) mais aussi un improbable 18 rebonds, soit autant que Garnett, Perkins, Wallace et Davis réunis ! Je veux bien croire que Rondo doit faire le boulot à la place des autres, mais à un moment il faut savoir faire confiance à ses coéquipiers. Le meilleur match des Celtics reste le Game 2 à Cleveland où il avait distribué 19 caviars, preuve qu’ils ne sont jamais aussi bons que quand leur meneur reste dans ce rôle de distributeur dans lequel il excelle plutôt qu’un attaquant hyperactif qui rappelle davantage Stephon Marbury que Jason Kidd.
Les choses ne sont bien évidemment pas si limpides, tout simplement parce que Rondo est un joueur extrêmement talentueux. Ses performances aussi contre-nature soient-elles sont d’un niveau tellement élevé qu’il est difficile d’en faire le reproche au principal intéressé. Toutefois, la Flèche Verte est devenu à travers cette montée en puissance un revolver avec une balle dans le chargeur, braqué sur la tempe des Celtics. Ils ont beau appuyer sur la gâchette, ils sont encore en vie. Mais la sixième balle ne pardonnera pas.